
Assumer sa part d’influence et accepter d’être vu au travers d’un masque professionnel, c’est ce qu’Alain Muleris transmet aux dirigeants et aux commerciaux qu’il accompagne et forme sur la vente. Et c’est ce qu’il a vécu quand il a publié un livre sur la vente : le regard des autres sur son autorité s’est transformé.
S’il refusait, il y a 15 ans, d’afficher sa photo sur son site internet, aujourd’hui, il estime que refuser de communiquer sur les réseaux sociaux quand on est dirigeant est une hérésie. Échange avec Alain sur l’évolution de la notoriété et l’exposition professionnelle. À quoi servent nos différents masques professionnels ? Oser affirmer ses convictions est-il la source ou la conséquence d’une posture d’autorité ?
5 leçons à tirer du parcours d’Alain Muleris
- Assumez votre posture professionnelle, elle est gage d’autorité
- Accepter d’avoir de l’influence, c’est le pendant de votre autorité
- Écrivez pour structurer votre pensée, le livre vous apporte autant qu’à vos lecteurs
- Osez affirmer vos convictions, l’autorité vient avec le courage de déplaire
- Vendez comme vous êtes, l’authenticité est votre meilleur atout commercial.
- Vitamine V ou vendez comme vous êtes
- La prospection dans le doux pour se développer
- Écrire un livre, signe extérieur de compétence ?
- Le podcast, outil de formation et de réputation
- Accepter l’exposition professionnelle
- Comment la notoriété a évolué depuis 15 ans
- Les inspirations d’Alain
- La réussite, c'est atteindre les objectifs qu’on s’est fixés
Vitamine V ou vendez comme vous êtes
A. M. : « J’ai créé mon entreprise, Vitamine V, il y a 15 ans, avec V pour Vente. Aujourd’hui, je fais de l’accompagnement commercial de dirigeants et d’équipes commerciales. Et j’ai deux activités au sein de Vitamine V.
Le coaching commercial sur-mesure
La première, je fais ce que mes clients appellent du coaching commercial. Je travaille avec un dirigeant ou une dirigeante et je l’aide à structurer la démarche de vente (construire un plan d’action commercial, piloter les ventes…).
Ça fonctionne comme un coaching, c’est-à-dire qu’on définit ensemble un certain nombre d’objectifs. On se voit en one-to-one, en totale confidentialité. C’est un moment où les dirigeants ont enfin la possibilité de dire ce qu’ils ont sur le cœur par rapport à la vente. Et ça peut concerner leurs commerciaux, leurs clients, des fournisseurs. Et on va traiter tous les sujets liés à la vente.
Cet accompagnement commercial, je le fais plutôt pour le dirigeant ou la dirigeante de TPE et PME. Souvent, j’interviens dans des entreprises où il n’y a pas de direction commerciale. C’est le dirigeant, la dirigeante qui fait office de directeur ou de directrice commerciale.
Quand je viens, c’est qu’il y a un point de blocage ou une nouveauté : je viens de perdre mes deux plus gros clients ou je me sépare de mon collaborateur qui tenait la partie commerciale. Ou c’est une boite familiale et d’un seul coup, le papa et la maman s’en vont et je me retrouve tout seul et il y a besoin d’un soutien.
En général, je propose des accompagnements sur six mois. Et le but, c’est qu’à la fin de l’accompagnement, le dirigeant, la dirigeante gagne en autonomie, en technicité et n’ait plus besoin de moi. Je ne suis absolument pas un être divin et les gens n’ont pas besoin de travailler avec Alain Muleris pendant 10 ans. Mon rôle, c’est de leur donner de l’autonomie.
Certains reviennent vers moi un an, deux ans, trois ans après et on va travailler sur une, deux, trois séances, des choses très spécifiques qui peuvent être nouvelles dans le process de vente.
Les formations commerciales tournées vers la prospection
Deuxième activité : je fais des formations commerciales pour une équipe de vente. Et je travaille avec cette équipe sur un programme de formation élaboré pour cette entreprise. Tout ce que je fais est du sur-mesure. Je n’ai pas un catalogue de formation tout fait.
Mon cheval de bataille, c’est la prospection. Pourquoi ? Parce que c’est souvent là où le bât blesse. Je commence même à entendre des commerciaux dans certaines entreprises qui me disent “Moi, mon rôle, ce n’est plus de prospecter. La prospection, maintenant, c’est l’IA, c’est le marketing. Moi, mon rôle, c’est autre chose.” Et je me bats contre cette idée parce que je pense que le commercial a des nouveaux outils, et l’IA, et tout ce qui va avec, en fait partie. Mais le rôle d’un commercial, c’est d’aller trouver des nouveaux clients et donc de prospecter avec les nouveaux outils qu’on a aujourd’hui à notre disposition.
“Vendez comme vous êtes”
J’ai une formation en ce moment qui marche bien qui s’appelle “Vendez comme vous êtes”. Elle plait beaucoup parce que je donne une boite à outils aux participants et je leur dis une chose fondamentale qui dédramatise la vente : la vente va partir d’eux. S’ils essaient de faire une vente comme Alain Muleris, comme leurs collègues, comme leur boss, ça ne marchera pas parce qu’ils seront un clone.
Ma conviction, c’est que la vente, c’est de l’humain, c’est de la relation. Et quand on parle de relation, on n’est pas tous égaux. Il y a plein de personnalités différentes. Il y a des gens qui sont plus sympathiques que d’autres. Plus tu vas te connaitre, plus tu sauras t’adapter à l’autre, plus tu seras à l’aise avec certaines techniques.
Dans cette formation, les gens font leur marché dans toutes les techniques que je leur donne. Et je trouve ça fabuleux de voir comment ils arrivent en disant “je n’aime pas la vente” et, finalement, ils repartent avec une boite à outils qui leur correspond.
L’anti-Loup de Wall Street
Ce qui m’amuse, c’est qu’aujourd’hui, la vente a très mauvaise presse en France, ce qui n’est pas le cas dans les pays anglo-saxons. Pourtant, quand on travaille, tout passe par l’argent.
Et je suis désespéré quand je vois sur LinkedIn tous ceux qui parlent de vente et qui mettent DiCaprio dans le Loup de Wall Street en image. Je ne parle pas de l’œuvre, j’adore Scorsese, ce film est génial et DiCaprio est un acteur génial. Mais cette vision de la vente est ce que j’exècre au plus profond de moi-même.
Tout ce que j’essaie de faire passer est aux antipodes du Loup de Wall Street : “Non, vous n’avez pas besoin de vous droguer. Non, il ne faut pas mentir. Non, il ne faut pas voler.” Je travaille bien évidemment avec mes clients sur des valeurs et on peut être un excellent commercial en respectant ces valeurs et en respectant les valeurs de son client. »
La prospection dans le doux pour se développer
A. M. : « Comment j’ai développé mon activité ? J’ai la chance, j’adore la prospection. Eh oui, si je n’aimais pas la prospection, je ne formerais pas les gens à la prospection ! Je les forme surtout aux outils et à la manière dont je le fais. Et j’aime bien prospecter. J’aime à dire prospecter dans le doux, pas dans le dur. Je crois plus à la relation qu’au coup de pied dans la porte.
Néanmoins, attention, je fais partie de ces commerciaux qui ne lâchent jamais. La persévérance fait partie, pour moi en tout cas, des qualités commerciales. Mais je pense qu’on peut approcher ces prospects de manière intelligente, le faire avec tact et ne pas y aller en force. Je déteste qu’un commercial y aille en force avec moi. Par contre, j’aime beaucoup quand un commercial ne me lâche pas, me relance et va jusqu’au bout de la démarche commerciale.
J’ai aussi – au bout de 15 ans, heureusement ! – une certaine récurrence de mes clients et du bouche-à-oreille qui fonctionne très, très bien. Sur des métiers comme le nôtre, ça fonctionne, mais ça ne suffit pas. Et je continue tous les jours de prospecter.
Je prospecte beaucoup sur LinkedIn. J’y suis très actif avec deux types d’activité. Il y a une activité où je vais chercher des clients et une où j’essaie d’attirer des clients vers moi. Il y a certaines personnes que je vais chercher, que je demande dans mon réseau. Et toutes les semaines, je publie. En général, une à deux fois par semaine. Et exclusivement sur la vente.
Ce qui se passe, c’est qu’il y a des gens qui m’identifient, qui restent dans l’ombre, que je ne vois pas. Et, à un moment, ils me contactent, soit sur LinkedIn, soit via mon site web, soit via mail. Ils ont un besoin et ils pensent à moi pour améliorer leur performance commerciale.
Travailler seul, mais en réseau
Ça fait 15 ans que je fais ce beau métier. Je travaille seul et en réseau, c’est-à-dire que je suis seul au sein de Vitamine V. Je n’ai pas la vocation demain d’embaucher un deuxième formateur qui viendrait animer à ma place. Ce qui m’intéresse, et je pense que c’est aussi ce qui intéresse mes clients, c’est que, dans tout le process commercial de A à Z, il n’y a qu’un seul interlocuteur, Alain Muleris. »
Mais je travaille en réseau : ça peut être des compétences complémentaires ou des confrères sur certaines grosses missions. Quand, par exemple, il faut former 100 commerciaux en 15 jours, c’est clair que je ne peux pas y aller tout seul. Dans ces cas-là, je vais chercher d’autres formateurs que je connais, avec lesquels j’ai déjà travaillé, avec lesquels on partage les mêmes valeurs, la même vision de la vente. »
Écrire un livre, signe extérieur de compétence ?
A. M. : « Pour me faire connaitre, j’ai aussi deux outils que j’utilise. Enfin, il y en a un que j’utilise et l’autre que j’ai utilisé. Il y a maintenant 7 ou 8 ans, j’ai écrit un livre sur la vente aux éditions Eyrolles “Trouvez vos futurs clients”.
En fait, ce livre est venu d’une conversation avec un copain journaliste. Un jour, il vient, on discute. Et je lui dis : “C’est génial ton idée, Pascal, écris un bouquin.” Il me regarde et me fait : “Et toi, tu as écrit un bouquin sur la vente ?” Il y a 30 secondes de blanc, on se regarde et je lui fais “écoute, est-ce que tu es OK pour rester à la maison ce soir et on en discute ?” C’est de là qu’est née l’idée, sur une provocation de la part d’un copain.
Et puis, je me suis dit que c’était aussi un très bon moyen pour moi de structurer le contenu que j’avais.
Le choix d’un éditeur reconnu
Très rapidement, j’ai évacué l’auto-édition. Ce n’était pas un jugement de valeur, mais ce que je voulais, c’était que le bouquin soit publié dans une maison connue et reconnue. J’en avais identifié deux, Eyrolles et Dunod. Et j’avais dit à mon pote : s’ils ne les prennent pas, l’idée s’arrête là.
Je me suis dit : je ne peux quand même pas appeler Eyrolles. “Bonjour, je suis Alain Muleris, vous ne me connaissez pas, mais j’ai une super idée. Et j’ai envie d’écrire un livre.” Je l’ai fait complètement différemment. J’ai écrit les trois premiers chapitres et je les ai envoyés à Eyrolles. Je leur ai dit : “Si ça vous intéresse, vous revenez vers moi.”
Ils ont mis un mois, un mois et demi à revenir vers moi. La dernière semaine, j’étais en train de me dire : “OK, ils ne reviendront pas vers moi. Je vais me tourner vers Dunod.” Et ils m’ont envoyé un mail. Je les ai appelés. Et ensuite, tout s’est fait de manière très, très rapide.
Le fait d’être édité chez un éditeur de renom pose aussi la notoriété. Tout le monde oublie le titre de mon livre “Trouvez vos futurs clients”, mais quand je dis “Chez Eyrolles”, les gens se souviennent, “Ah oui, ton bouquin chez Eyrolles, Alain”.
C’était très certainement l’idée que j’avais derrière la tête, que mon contenu soit appuyé, validé par ce que j’appelle une belle maison d’édition.
Un livre pour diffuser son message
Ce livre, je ne l’ai pas écrit parce que je me prends pour Victor Hugo. C’est un guide pratique sur la vente.
Ce que je voulais, c’est toucher des gens que je ne verrai jamais dans mes formations, dans mes conférences ou dans mes ateliers. C’est diffuser un peu ma bonne parole et faire comprendre que quelqu’un qui a envie de vendre, dès lors qu’il le décide et qu’il apprend, il peut le faire. Je ne dis pas que ça deviendra le meilleur commercial et le meilleur vendeur de France, ça, je n’en sais strictement rien, mais arrêtons les croyances limitantes, il peut le faire.
C’est étonnant, quand tu écris un livre : même si ton interlocuteur ne l’a pas lu, il pense que tu es un gars sérieux parce que tu as écrit un bouquin. Ça m’a fait marrer au moment où j’ai lancé le bouquin. Aujourd’hui, je ne l’utilise plus parce que le bouquin a 7 ou 8 ans, il est maintenant ancien.
Mais je me souviens que la première année, c’était vraiment marrant. Il y a des gens qui me disaient :
– Il y a vous Alain, et il y a un autre formateur. On vous choisit parce que vous avez écrit un bouquin, vous êtes un gars sérieux. »
– Mais vous l’avez lu ?
– Non, non.
– Je vous l’offrirai. Comme ça, vous le lirez.
Écrire un livre structure le contenu
Écrire ce livre m’a permis aussi de structurer beaucoup de contenu que j’avais. Je n’ai pas tout mis dans le livre, mais ça m’a permis de le construire. Ça m’a permis aussi d’inventer, de structurer de nouvelles formations et des nouveaux modules.
Mine de rien, écrire un bouquin, c’est du boulot, quand ce n’est pas ton métier.
Est-ce que je me suis fait accompagner pour la relecture ? L’éditeur a fait une relecture finale, mais il ne me demandait pas les chapitres au fur et à mesure, sachant qu’ils avaient déjà les trois premiers.
Par contre, la seule personne qui savait que j’écrivais un bouquin, c’était mon copain journaliste, à qui j’envoyais les chapitres terminés. Il les relisait et me faisait deux ou trois remarques sur le contenu, sur la manière de le présenter. Mais c’était la seule personne au monde qui savait que j’écrivais le bouquin.
Les dédicaces et la reconnaissance
Je n’en avais absolument pas parlé à mon entourage parce que je ne voulais pas avoir de pression. Qu’est-ce que tu racontes ? Où t’en es ? Et alors, la page blanche ? Je ne voulais pas de ça, je l’ai écrit vraiment de mon côté.
Au moment où le bouquin est paru et que je leur ai montré le bouquin, je me suis fait engueuler par mes proches « Mais comment ? Ça fait un an que tu bosses là-dessus, ce n’est pas possible que tu ne m’aies pas expliqué ! » jusqu’à ce que je leur explique et qu’ils comprennent.
Mais ils n’ont pas compris sur le moment ma démarche. Et je peux comprendre parce que je leur ai caché ce projet pendant un an, parce que ça me prenait du temps et parce que je n’en avais pas envie. Même si je ne raconte rien de moi, c’est quand même un peu une introspection.
Quelque chose que je n’oublie pas, c’est la séance de dédicaces dans la librairie Eyrolles à Paris. Ça, c’était vraiment un chouette moment de reconnaissance. D’abord parce que l’écriture, c’est quelque chose que tu fais tout seul face à ton écran. Il n’y avait pas l’IA à l’époque, 100 % des caractères qui sont sur le bouquin viennent de mon cerveau.
Et un chouette moment de reconnaissance parce que ça a été l’occasion de revoir des amis et des copains professionnels que je n’avais pas vus depuis une quinzaine d’années, qui ont profité de cet événement pour venir faire une embrassade et une poignée de main. Et ça, c’était vachement sympa. »
Le podcast, outil de formation et de réputation
A. M. : « Le deuxième outil que j’utilise depuis trois ans et demi, c’est un podcast, “Le coaching commercial vitaminé”. J’en suis au 48e épisode. Et ça, je le fais vraiment pour m’amuser. Je travaille beaucoup avec l’envie.
Le bouquin est venu par un challenge d’un copain. Pour le podcast, je me suis dit : ce qui manque aux commerciaux et aux dirigeants, c’est l’entrainement toute l’année. Ils font deux, trois jours de formation, parfois cinq. Et puis, plus rien pendant l’année.
Je me suis dit : “Propose-leur une capsule mensuelle sur un sujet.” Et au moment où ils font leur jogging, où ils sont dans leur voiture, ils auront la possibilité d’écouter un épisode de “Coaching commercial vitaminé” et de se poser des questions sur leur pratique commerciale.
L’idée est venue comme ça, d’une envie et, en plus, d’une rencontre avec Laurent, celui qui m’interview au moment où je fais le podcast.
Je me rends compte que le podcast est aussi un bon outil de réputation. Un peu comme le bouquin. “Oh là là, vous faites un podcast depuis trois ans, vous devez avoir des choses à dire, vous êtes très certainement un gars compétent.”
De temps en temps, j’ai des messages sur LinkedIn de gens que je ne connais absolument pas et qui me disent “Merci, M. Muleris, je viens d’écouter l’épisode 44. J’ai eu un déclic, merci.” Et j’ai l’impression, quand je lis ce type de message, de remplir ma mission. »
Accepter l’exposition professionnelle
A. M. : « Mon rapport à la notoriété a évolué avec le temps. Je te raconte une anecdote. Il y a 15 ans, je lance Vitamine V et je fais la V1 de mon site web. J’écris tout, je passe par une agence. Je voulais réserver toute mon énergie et le temps sur la vente. Et donc je fais ce que je dis à mes clients : ce que je peux sous-traiter, je le sous-traite.
Au dernier moment, l’agence me dit “Alain, il ne manque plus que votre photo sur la page à propos.” Et je leur dis “Mais non, il n’y a pas besoin de ma photo. Publiez-le comme ça, ça ne sert strictement à rien de mettre ma photo.” Et ils insistent en me disant “Si, si, c’est quand même important qu’il y ait votre photo.” Et on commence à discuter, peut-être trois quarts d’heure au téléphone. Et je leur dis : “non, non, publiez-le sans ma photo. Je ne veux pas qu’il y ait ma tête. Ça ne sert strictement à rien.”
Et puis, en y réfléchissant, 48 heures après, je reviens sur ma décision et je leur envoie ma photo.
15 ans après, je monte sur une scène et je fais une conférence. Tu vois le chemin… Ce chemin-là, c’est celui que je fais un peu avec mes clients : assumer avec l’expérience une exposition professionnelle, j’entends, ce qu’on peut ou qu’on veut montrer de soi. Sur LinkedIn, la difficulté n’est pas d’écrire, c’est : qu’est-ce qu’on veut dire et comment on veut le dire. Tu es bien placée pour le savoir, Sylvie.
Admettre de ne pas plaire à tout le monde
Et je pense que l’autorité est liée aussi à ça. C’est-à-dire que tant qu’on veut être tiède, tant qu’on veut plaire à tout le monde, on n’a pas d’autorité. On développe autre chose, mais on ne développe pas son autorité professionnelle.
Je pense qu’on la développe au moment où on ose affirmer ses convictions. On ose dire à quelqu’un “je pense que tu te trompes” ou “c’est parfait, je n’avais jamais vu cet angle et j’apprends quelque chose”.
Est-ce que c’est lié à l’authenticité ? Je ne sais pas. C’est aussi des grands mots, l’authenticité sur les réseaux. Je ne pense pas que sur un réseau comme LinkedIn, quiconque soit authentique, on joue tous un rôle.
Accepter d’avoir un masque professionnel
Pour moi, on a tous des masques. Quand je suis formateur et que je démarre une formation, j’ai un masque. Évidemment, j’essaie de l’enlever le plus rapidement possible parce que je vais passer trois jours avec une super équipe. Mais au démarrage, j’ai un masque qui me permet aussi de poser le cadre et de poser l’autorité à l’intérieur de ma formation. Autorité ne veut pas dire autoritaire, mais poser un certain nombre de règles de fonctionnement, pour qu’on arrive aux objectifs qu’on s’est donnés.
Le masque, c’est aussi la blouse du médecin ou la robe de l’avocat qui donne une autorité. Et pour ceux qui n’ont pas de blouse blanche ou de robe pour poser leur autorité, on a besoin d’un masque professionnel.
Je parle de masque, mais on pourrait parler de posture. Le masque, c’est plutôt ce que les gens vont voir.
En ce moment je suis en apprentissage de coaching. Et je trouve ça absolument passionnant. Hier, j’étais justement avec des coachés et ma posture, elle est complètement différente quand je suis Alain coach que quand je suis Alain Vitamine V formateur ou Alain qui fait de l’accompagnement commercial. Néanmoins, derrière, ça reste le même Alain et je ne me change pas. Je ne vais pas aller chercher une autre veste ou un autre pull ou une autre coiffure. Mais ça me demande une espèce de souplesse intellectuelle pour me reconnecter à la posture que je dois avoir.
Assumer son influence
La posture a un lien avec l’autorité. Et aussi avec l’influence qu’on a sur les autres. On a tous une influence sur les gens. Si tu me parles et si je t’écoute, tu as une influence sur moi. Et pour ceux qui vont lire ton blog, tu auras une influence sur eux. Et ceux qui écoutent mon podcast, j’ai une influence sur eux.
Influence ne veut pas dire manipulation. Mais c’est une influence. Ceux qui en ont marre de mon podcast, ils l’arrêtent et ils passent à autre chose. Et là, je n’ai plus d’influence sur eux.
L’influence, pour moi, c’est quelque chose de positif. Dans les formations commerciales, j’essaie en tout cas de montrer la différence entre influence et manipulation et de bien faire comprendre qu’un commercial doit être à l’aise avec l’influence qu’il a. C’est le pouvoir de la parole, le pouvoir du comportement, le pouvoir de la gestuelle qui fait qu’à un moment, on va avoir de l’influence.
La notoriété, c’est le retour des autres
Est-ce qu’on construit seul son autorité ou est-ce que ce sont les autres qui construisent notre autorité ? Bonne question. Je pense que la notoriété, c’est le regard des autres.
C’est un retour sur notre posture et ce qu’on fait. Quand des gens me disent “Oh là là, Alain, qu’est-ce que vous faites de choses !”, c’est une forme de notoriété qui me revient.
Ça me fait rigoler quand je suis dans des diners avec des copains et qu’ils me disent “Oh, dis donc Alain, qu’est-ce qu’on te voit sur LinkedIn ! T’arrêtes pas !” Je ne rentre pas dans le débat parce que je n’ai rien à leur vendre, mais ça me fait rigoler qu’ils perçoivent quelque chose de ce que moi, j’ai envie de montrer. Pour moi, la notoriété, c’est le retour des autres. »
Comment la notoriété a évolué depuis 15 ans
A. M. : « Ça a changé parce que les réseaux sociaux prennent de plus en plus d’importance. Aujourd’hui, un dirigeant qui représente une entreprise (indépendante, TPE ou PME) et qui n’est pas sur les réseaux sociaux, qui ne communique pas, pour moi c’est une hérésie. C’est-à-dire qu’il se coupe d’une partie du marché. Il y a 15 ou 20 ans, je ne tenais pas le même discours. Aujourd’hui, je pense qu’on est presque obligé de se montrer et de sortir du bois.
Pour moi, la question, ce n’est pas ce qu’il faut faire, mais comment et dans quel objectif. Quand je forme sur LinkedIn, certes, je forme des dirigeants ou des équipes commerciales à des détails techniques de LinkedIn, à l’algorithme, mais en gros, le blocage est sur ce qu’ils veulent montrer d’eux.
Je publie aujourd’hui complètement différemment d’il y a 15 ans. Avant, mes posts ou articles étaient écrits, réfléchis, relus trois fois. Aujourd’hui, je publie beaucoup plus spontanément. Maintenant, c’est vrai que, si je regarde mon fil d’actualité LinkedIn, il est de plus en plus ennuyeux. Et c’est de plus en plus rare de lire quelque chose d’intéressant sur LinkedIn, en tout cas pour moi.
Il y a beaucoup plus de contenu et, pour moi, de moins en moins d’autorité. Tout est écrit par l’IA et ça se voit et ça se sent. Soit c’est volontairement clivant, et ce ne sont pas des posts qui m’intéressent trop, ce n’est pas dans la nuance. Soit ce sont des posts qui sont tellement dilués par l’IA qu’il n’y a plus de contenu. Et je trouve ça un peu dommage.
La facebookisation de LinkedIn
Je trouve que LinkedIn se Facebookise. Avant, les sujets étaient plus des sujets professionnels. Aujourd’hui, ça ne m’intéresse pas de lire ce qu’ils pensent de la loi de finances. Je pense que ce n’est pas le lieu. Je ne dis pas que ces gens-là ne doivent pas penser ça. J’ai aussi mon idée sur la loi de finances, mais je ne l’exprime pas sur LinkedIn parce que je pense que ce n’est pas le lieu.
C’est ma vision aujourd’hui. Peut-être que dans 15 ans, je parlerai aussi de la loi de finances sur LinkedIn. Je n’espère pas en tout cas, parce que je trouve que c’était un chouette endroit professionnel. Et ça devient une espèce de gloubi-boulga où tous les sujets sont entremêlés. Il y a de moins en moins, je trouve, de vrai contenu professionnel.
Je les supprime de mon réseau maintenant, parce que ça ne fait pas partie de ce que j’ai envie de lire ou des choses que j’ai envie de suivre. Même si ce sont des gens “célèbres”, et qu’ils ont un gros réseau. Ce n’est pas ce que j’ai envie de voir et de suivre sur LinkedIn. »
Les inspirations d’Alain
Le CJD ou apprendre à devenir dirigeant
A. M. : « Je n’ai pas de mentor, de personne qui m’inspire. Par contre, il y a un mouvement qui m’inspire, le Centre des Jeunes Dirigeants, le CJD.
C’est un mouvement auquel j’ai participé, quand j’étais dirigeant, avant Vitamine V. J’ai fait un parcours de cinq ans au sein du CJD Paris.
Et depuis plus de dix ans, je suis formateur au catalogue national. Tous les ans, on me demande d’intervenir dans toutes les régions de France. Ce sont les seules formations que je fais en inter-entreprises. Ce sont 10 dirigeants ou dirigeantes qui viennent, qui ont 10 métiers différents. Et je dois les former sur une thématique, toujours liée à la vente.
La baseline du CJD, c’est l’école du dirigeant. Parce qu’en fait, on n’apprend pas ou très peu à devenir dirigeant d’entreprise. Et on parle souvent de l’isolement de la dirigeante ou du dirigeant. Il est réel. Et le CJD, c’est un mouvement, une association qui rassemble 6 000 ou 7 000 dirigeants.
C’est un mouvement qui m’inspire parce qu’à chaque fois, il me fait réfléchir sur mes pratiques. Sur le management, sur la manière d’être, d’être soi-même et d’être aux autres.
C’est aussi dans cette démarche qu’aujourd’hui, je me forme au coaching. Il y a une suite logique. Ce que je peux faire en collectif, en formation, ou en one-to-one dans les accompagnements, j’ai envie aujourd’hui d’aller encore plus loin sur d’autres sujets. Peut-être qu’ils ne seront plus uniquement des sujets commerciaux, mais de coacher des personnes. Je pense que je resterai toujours dans la sphère de l’entreprise parce que c’est le monde que je connais. Mais le CJD est un mouvement qui m’inspire, qui fait réfléchir. Et j’y ai fait de belles rencontres !
Démarrer sa journée avec l’action la plus importante
La seule routine que j’ai, c’est que si j’ai quelque chose de primordial à faire ou à écrire, je démarre ma journée par ça. Je me concentre sur l’élément le plus important avant même de charger mes mails et de regarder LinkedIn parce qu’ensuite, je sais que je suis foutu et je vais être happé par le système.
Si j’ai quelque chose à écrire d’important, peut-être une offre, un programme de formation, un article, un post, quelque chose qui nécessite des ressources chez moi, ma seule routine, c’est que c’est la première chose que je fais au moment où je suis à mon bureau. »
La réussite, c’est atteindre les objectifs qu’on s’est fixés
A. M. : « Quelle est ma vision de la réussite ? Peut-être la réussite d’objectifs, aussi bien dans la vie privée que dans la vie professionnelle. Si ce n’est que dans la vie professionnelle, on a souvent des objectifs, on en a peu dans la vie privée. On a plein d’idées, mais ce sont rarement des objectifs. Un objectif, il est écrit, il est quantifiable.
Je pense que la réussite, c’est le fait d’atteindre ces objectifs qu’on s’est posés, aussi bien dans la vie personnelle que dans la vie professionnelle.
En coaching, je suis souvent face à des gens qui n’ont pas posé d’objectif. Et au moment où je les questionne, ils se rendent compte qu’à un moment, c’est salutaire d’avoir aussi des objectifs. Si tu veux avoir un cap dans ta vie, je pense que c’est très bien d’avoir un objectif. Un objectif smart, un objectif atteignable. Pas un truc : “Voilà, l’année prochaine, je vais être président de la République.” Mais un objectif réalisable. Se mettre des jalons : dans les deux prochaines années, voilà ce que j’ai envie de faire. Je pense que ça fait partie de la réussite.
L’apprentissage du coaching me fait maintenant célébrer l’atteinte des objectifs et même célébrer des moments spécifiques, des moments de plaisir, plus qu’avant. Parce que, maintenant, j’en prends plus conscience et, comme je les célèbre et comme j’en prends plus conscience, ils prennent plus d’importance et ça me permet aussi de relativiser avec les moments qui sont moins agréables. »
Retrouvez
Merci, Alain, pour cet échange !
La notoriété ne se décrète pas, car elle n’est qu’un retour des autres sur ce que nous faisons et ce que nous montrons. Un retour sur la posture que nous choisissons d’assumer et qui construit notre autorité.
Acceptons la part d’influence que nous avons sur les autres. Car, comme le souligne Alain Muleris, aujourd’hui, être présent sur les réseaux sociaux quand on est dirigeant ou entrepreneur n’est plus une option. Les vraies questions sont : avec quel objectif ? Comment ? Et suis-je prêt à assumer pleinement ce que je suis et ce que je défends ?

Je suis Sylvie Massey, plume des dirigeants et des entrepreneurs qui veulent gagner en notoriété. Je les aide à faire rayonner leur entreprise, notamment sur LinkedIn, grâce à ma plume.
Partenaire stratégique, je rédige pour vous. Ou plutôt avec vous. Car comme dans un 4 mains au piano, chacun a sa partition. Et ensemble, nous œuvrons pour faire rayonner votre entreprise sur LinkedIn.
À travers ces entretiens, j’explore avec mes invités la notion de notoriété et l’impact de l’écriture sur leur business.