L’autorité se construit par la publication de contenu de qualité – Laetitia Morin Desanti

L'autorité par les contenus de qualité

Sur LinkedIn, beaucoup d’entrepreneurs expérimentés se sentent illégitimes pour prendre la parole. Pas assez expert, pas assez reconnu. Laetitia Morin Desanti connait bien ce syndrome de l’imposteur. Entrepreneure depuis 14 ans dans l’accompagnement managérial, elle a longtemps hésité avant de s’exprimer sur son nouveau sujet : l’accompagnement des entreprises face à la maladie grave de leurs collaborateurs.

Comment construit-elle sa légitimité ? En investissant 2 à 3 heures chaque semaine pour préparer des posts LinkedIn au contenu rigoureux, documenté et sourcé. Faut-il être l’expert officiel pour faire autorité ou peut-on construire sa légitimité en choisissant la qualité, la rigueur et la constance ? Laetitia partage sa méthode et son regard pour transformer une discipline d’écriture en levier d’autorité.

Du management à l’entrepreneuriat

L. M. D. : « J’ai créé il y a 14 ans une entreprise d’accompagnement managérial. Avant, c’était déjà mon métier, le management, mais j’étais de l’autre côté, au sein d’une entreprise de médias.

J’ai fait le constat que les managers avaient besoin d’être accompagnés. Ce n’est pas parce qu’ils avaient le job, le rôle et les équipes qu’ils étaient à l’aise. Il y en a beaucoup qui se sentent seuls, qui ne sont pas reconnus et qui ont des difficultés relationnelles au niveau managérial. Et ils se sentent frustrés.

Mon job est d’accompagner des équipes ou des managers dans leur quotidien managérial et professionnel, dans leurs questionnements, dans leur besoin de grandir ou dans leur besoin de faire grandir leurs équipes.

Quand la maladie change la donne

Entre-temps, j’ai croisé un problème de santé. J’aurais préféré croiser un copain…

Avec le recul, on dit toujours que, dans chaque événement, il y a des apprentissages. Ce que j’ai appris de cette période compliquée, c’est que, finalement, j’ai pu continuer à entreprendre, à travailler. C’est vrai aussi que je n’ai pas eu le choix. Mais je l’ai fait.

Et j’ai mis toutes les chances de mon côté pour être à peu près bien en état physique et psychologique pour continuer à travailler pendant toute cette période, parce qu’il fallait que je gagne ma vie. Forte de cette période un peu compliquée, mais à laquelle j’ai survécu – et c’est vraiment le mot – et à laquelle mon entreprise aussi a survécu, je suis très fière d’en être là aujourd’hui !

Un nouveau terrain d’accompagnement

Et de cette histoire, j’ai développé une nouvelle offre où j’accompagne les entreprises à appréhender cette période compliquée pour leurs collaborateurs ou pour leurs dirigeants quand ils se retrouvent face à une maladie grave.

Qu’est-ce qu’on fait d’une maladie grave ? Qu’est-ce qu’on fait d’un de nos collaborateurs auquel on tient qui traverse cette maladie grave ? Quelle doit être notre posture ? Comment on l’accompagne pour qu’il prenne le temps pour lui et pour son traitement, ou pas (il y en a qui décident de continuer) ? Et surtout, comment on le rassure pour le ré-onboarder quand il aura passé toutes ces étapes ?

Il faut absolument s’assurer et l’assurer qu’il va revenir dans de bonnes conditions, qu’il est attendu, et que d’ailleurs, il a un job. Moi, je ne me suis pas posé toutes ces questions parce que je suis seule, donc personne n’allait me prendre mon bureau. Il y a tout ça aussi qu’on se pose comme questions. Elles doivent être terrorisantes alors qu’on sort d’un épisode déjà terrorisant pour soi et sa santé. Après, il y a le deuxième effet kiss cool, c’est le retour au bureau. Et ce n’est pas du tout serein.

Mon accompagnement peut être pendant l’absence, parce qu’ils décident de maintenir leur activité. Mais honnêtement, et c’est pour ça que mes communications sont beaucoup basées là-dessus, la plupart des demandes sont sur le ré-onboarding.

Une différenciation dans un marché saturé

Je suis dans un environnement où il y a énormément d’intervenants. Même s’il y a plein de gens qui ont des plus-values identifiables, ça fait quand même énormément d’interlocuteurs sur le marché. Dans une soirée, une conférence, je croise à chaque fois des gens qui se présentent : “Je fais de la formation, du coaching, de l’accompagnement.” Le marché est saturé.

Si j’ai un peu de reconnaissance sur ma spécificité, ma façon de travailler, ma personnalité, bref, la fameuse singularité, c’est bien. Mais je n’arrive pas encore exactement à être à l’aise avec ce mot, puisque ma singularité, je ne la connais pas tout à fait. Mais si je suis identifiée et identifiable pour certains, tant mieux.

En revanche, ma deuxième activité, sur le sujet de l’accompagnement de la longue maladie, c’est un sujet différenciant. Et c’est aussi un sujet qui m’anime extrêmement. Je ne te cache pas que si je travaille de plus en plus sur ce sujet-là, ça m’apportera beaucoup de satisfaction et beaucoup de plaisir. »

Choisir ses leviers pour se faire connaitre sur un marché saturé

L. M. D. : « Dans ce marché saturé, se faire connaitre, c’est un vrai sujet, et sur lequel il faut que je progresse.

Je travaille beaucoup le réseau pour me faire connaitre. J’essaie de mixer des événements réseau, des conférences… et des déjeuners, le bouche-à-oreille et mon réseau.

Avec mon dispositif de retour à l’emploi, je peux peut-être faire un peu différemment parce que je voudrais atteindre des gens différents. Je peux me démarquer par rapport à la formation ou au coaching où il y a pléthore d’intervenants.

Tu vois, je suis ressortie de mon dernier déjeuner avec deux nouveaux contacts. C’est ce que je fais le mieux. Comme je me base sur l’humain et que je parle avant tout d’humain, ce n’est pas pour prendre mon téléphone et faire de l’abattage. C’est cohérent avec mon métier.

LinkedIn, l’outil de visibilité B2B

Bien sûr, pour moi, il y a aussi LinkedIn. C’est ce que j’ouvre en premier le matin quand je suis disponible. Quand je suis partie en clientèle ou en déplacement, c’est plus compliqué. Et c’est pour ça que je programme, grâce à toi, Sylvie, mes posts LinkedIn. Le jour où tu m’as expliqué ça, ça m’a tout changé. Parce qu’avant, j’étais embêtée. Il fallait que je sois chez moi.

Beaucoup de gens pensent que LinkedIn, c’est comme TikTok, Instagram ou Facebook, et ils se montrent sur LinkedIn comme sur Instagram. Mais ils se mettent complètement à l’écart de tout un marché professionnel. Moi, je veux toucher les entreprises : je ne publie que sur LinkedIn et avec une posture professionnelle.

Un sujet différenciant

Ma nouvelle activité sur l’accompagnement après une longue maladie, c’est un sujet différenciant. Quand je faisais des posts uniquement sur le management, on ne me faisait pas les mêmes retours.

Aujourd’hui, des gens commencent à me dire “ah, je te vois passer avec tes posts sur la maladie”. Ce ne sont pas forcément les gens qui m’achètent, mais les gens me reconnaissent sur ce sujet. Je sais qu’il y en a qui me suivent sur LinkedIn. Ça commence à être vu, et je commence à être identifiée.

De la reconnaissance ciblée

Je ne cherche pas de la notoriété à tout va. Je cherche à être identifiée. Si je n’ai pas de notoriété, ce n’est pas grave dans la mesure où je suis identifiée par les bonnes personnes et par des gens qui auront envie de parler de moi et de me recommander.

Le mot notoriété pour moi, je l’associe un peu à popularité. Je dirais plutôt de la reconnaissance : être identifiée et identifiable par les bonnes personnes.

J’aimerais bien faire des conférences. Aujourd’hui, je ne suis pas encore hyper à l’aise avec ça, mais c’est peut-être juste moi qui n’ose pas. Il faut que je franchisse encore ce seuil. Pour l’instant, j’ai donné deux petites conférences en visio sur le sujet de la maladie. Et je suis très contente parce que c’est là-dessus que je peux être différenciante. En visio, tu es quand même un peu protégée, tu es derrière ton écran. Tu ne vois pas vraiment s’il y a trop de personnes. »

Construire son autorité malgré le syndrome de l’imposteur

L. M. D. : « Est-ce que je me pose la question de l’autorité ? Je me la pose beaucoup sur plein de sujets autour de la maladie, car je ne viens pas du sérail médical.

Tant mieux si mon histoire légitime le propos et si elle intéresse. Mais je vis quand même beaucoup avec cette espèce de syndrome de l’imposteur, de “je ne viens pas du milieu médical” ou “labo”. J’aimerais bien passer ce cap-là et réussir à me différencier, à prendre la parole et à devenir un peu un acteur du marché.

Être rigoureux dans ses publications

Je bosse d’autant plus à chaque fois que je publie quelque chose. Je vérifie mes sources. Parce que ce n’est pas naturel pour moi de dire qu’il y a 420 000 cancers par an, par exemple. Je le sais maintenant, mais ce n’est pas naturel pour moi parce que je ne suis pas au cœur des hôpitaux… Quand j’en parle, c’est parce que je l’ai lu, et parce qu’évidemment, ça me touche. Mais je me dis que je ne fais pas autorité sur le sujet.

Par exemple, j’ai posté vendredi une synthèse d’un rapport de la Cour des comptes qui, la semaine dernière, publiait le rapport annuel sur le cancer du sein avec des chiffres. J’ai relu 10 milliards de fois mon post avant de le publier, car je donne des chiffres. Heureusement, j’ai des sources sûres, mais quand même. Est-ce qu’on va venir me demander ce que je raconte ? J’ai remouliné dans ChatGPT mes phrases pour comprendre le sens, et pour savoir si je n’avais pas tordu le sens par rapport à mes sources. Parce que je me suis dit que, s’il y a des gens dont c’est le métier qui m’interrogent, il ne faut pas que j’aie l’air d’écrire sans comprendre. Je n’ai pas autorité là-dessus, mais j’aimerais bien être identifiée sur ce sujet. Et là, en tout cas, mon post a été pas mal vu et republié. Je suis contente.

Une montée progressive de la légitimité

Ça fait un an et quelques mois que je prends la parole sur ce sujet et c’est un peu monté crescendo. Au début, j’étais très discrète. Je ne publiais que sur le management. Du bout des lèvres, je faisais un post tous les mois sur le sujet de la maladie.

Maintenant, ça monte en puissance et je fais au moins un post sur la maladie toutes les semaines et j’essaie de varier les sujets. Là, j’ai dû en enchaîner au moins trois ou quatre qui n’étaient que sur ce sujet-là. Peut-être que je suis en train de construire quelque chose. Tant mieux si ça va dans le bon sens.

Et je choisis ce que je dis et ce que je ne dis pas. Parce que je ne veux pas être dans le misérabilisme ou dans le voyeurisme. Mon sujet, c’est vraiment la longue maladie dans le monde professionnel. Je voudrais montrer une posture professionnelle qui donne confiance. »

L’écriture régulière est un investissement qui paie

L. M. D. : « J’essaie d’écrire deux fois par semaine sur LinkedIn. Pour le coup, ça me prend du temps d’écrire. Ce n’est pas un plaisir, peut-être comme toi, Sylvie, ou comme d’autres. Parfois, je lis des gens dire qu’ils ont plaisir à écrire. Moi, pour être honnête, ce n’est pas un plaisir.

Je le fais vraiment dans le but d’être visible et pour aider à construire une notoriété. Mais ça me prend du temps. En général, le week-end, je prépare mes posts LinkedIn de la semaine. Exceptionnellement, cette semaine, j’en ai fait trois et tu vois, ça m’a pris plus de deux heures. Entre deux et trois heures. Oui, ça prend beaucoup de temps.

Des bénéfices personnels

Évidemment, écrire, ça m’apporte à moi-même dans la recherche de la réflexion. Je me cultive. En fouillant un post, en allant chercher des informations, des données, des chiffres, ou même en revoyant des méthodes. Ça me fait du bien. C’est une forme de culture de construire mes posts. Mais ça me prend de l’énergie.

Écrire pour être visible

Si ça coche les cases qu’on venait d’évoquer, de notoriété, de reconnaissance, ou potentiellement de légitimité, tant mieux, j’en suis ravie, j’en ai besoin. C’est le but recherché. Moi, je mettrais tout ça, la notoriété, la reconnaissance, l’autorité dans un grand panier que j’appellerais la visibilité.

Je vois que je suis lue, et parfois republiée. Parfois, des gens m’en parlent quand on se croise, quand on déjeune ensemble. Tout à l’heure, j’ai reçu un SMS de quelqu’un que je connais du marché, ce n’est même pas un client. Il m’a dit “Bravo, Laetitia, pour tes posts !” Je suis contente qu’apparemment, il y ait des retours positifs de la part de mon réseau ou d’autres experts. C’est toujours bien d’avoir des retours positifs quand c’est d’autres experts.

La difficulté de se renouveler sans cesse

La difficulté, c’est sur le long terme. En fait, c’est un éternel recommencement, quasiment tous les dimanches. C’est ce petit moment de la page blanche. Soit c’est pour les posts du moment. Soit c’est pour les posts pour plus tard, mais il y a toujours ce moment où je me demande : j’ai envie de parler de quoi ? Et je reviens sur mon “calendrier éditorial”. Un grand mot pour juste un tableur dans Notion ! Je reviens donc sur mon calendrier et je regarde les thématiques. Soit j’ai déjà mis quelques points avec de nouvelles idées. Si je n’en ai pas, je reprends dans ce que j’ai déjà écrit.

Mais la difficulté d’écrire, pour moi, c’est quand ce n’est pas inné, quand on n’a pas une inspiration permanente. Ce n’est pas mon métier et je me creuse la tête. Ça m’est déjà arrivé de recycler un ou deux posts, mais c’est rare. Le plus gros travail, c’est d’avoir la thématique, le sujet, l’angle que je veux donner, pourquoi je veux parler de ça aujourd’hui, alors qu’il y a un mois, j’ai déjà fait un post qui était un peu approchant. »

Des sources d’inspiration variées et éclectiques

L. M. D. : « J’ai beaucoup de sources d’inspiration. Ma première, c’est LinkedIn, on y trouve beaucoup de choses intéressantes. Je passe du temps tous les jours sur LinkedIn, à peu près deux heures, même si je ne commente pas, même si je ne publie pas. Je lis les gens de mon réseau, les gens que je suis. Et je suis aussi abonnée à plein de newsletters. En fait, tout m’intéresse !

Évidemment, je lis de plus en plus de choses autour de la santé. Et quand tu commences à être dans cet écosystème, il se passe des choses quasiment toutes les semaines. Un salon de la santé, un événement de la e-santé, une commission, une loi… Je fais partie d’un réseau super et très riche, qui s’appelle Femmes de Santé, avec plein de gens inspirants et intéressants. Je lis leurs commentaires, leurs écrits, sur LinkedIn ou autre. Il y a plein d’infos. Il y a des podcasts aussi. Et il y en a quelques-uns qui ont été créés par des femmes qui ont eu des cancers. Dans mon réseau Ruban Rose, il y a une ou deux filles qui ont créé des podcasts que j’écoute. »

La réussite selon Laetitia

L. M. D. : « Ma vision de la réussite, elle s’inscrit dans mon histoire à moi, quand même particulière. Je n’ai pas de sérénité financière. Donc, ma réussite professionnelle est quand même beaucoup conditionnée à mes rentrées d’argent.

Si j’enlève ce prisme-là, je pense qu’il y a un mélange d’autorité de ce qu’on véhicule, de posture d’être bien à sa place et de sérénité. Ce serait à la fois une sérénité parce que je me sentirais bien dans ma peau, bien dans ma vie, bien dans ce que je fais, et parce que j’ai une sérénité financière.

Et puis, j’ai un profond besoin de me sentir utile. Je pense que la réussite uniquement comme une espèce de fulgurance qui n’a pas de sens, mais qui rapporte de l’argent, comme les influenceurs, ça pour moi, ce n’est pas de la réussite non plus. Pour moi, il y a cette idée de : je me sens à ma place, je fais quelque chose qui est important pour moi.

Donc je sentirais que j’ai réussi quand le marché me donnera cette impression-là avec des retours financiers et le fait que je suis identifiée et qu’on a besoin de moi, et en même temps, quand je sentirais que ce que je fais apporte satisfaction et est utile. Pour moi, c’est très primordial. »

Retrouvez Laetitia Morin Desanti

Merci Laetitia !

La légitimité est une question de territoire. Laetitia ne prétend pas être oncologue ni psychologue. Elle est experte en management et revendique un domaine : l’accompagnement des entreprises quand la maladie grave frappe l’un des leurs.

Faut-il maitriser tous les aspects d’un sujet pour avoir le droit d’éclairer l’un de ses angles ? Ou la profondeur sur un axe précis apporte-t-elle un éclairage particulier à la réflexion collective ?

Et si l’autorité résidait dans la clarté avec laquelle nous délimitons notre territoire, la rigueur avec laquelle nous l’explorons, et l’utilité que nous apportons à ceux qui s’y aventurent ?

Sylvie Massy Plume des dirigeant, miniature

Je suis Sylvie Massey, plume de dirigeants et dentrepreneurs qui veulent gagner en notoriété. Je les aide à transformer leur expérience en leadership d’opinion, grâce à LinkedIn, une newsletter ou un livre business.

Partenaire stratégique, je rédige pour vous. Ou plutôt avec vous. Car comme dans un 4 mains au piano, chacun a sa partition. Et ensemble, nous œuvrons pour que vous deveniez une référence de votre secteur.

À travers ces entretiens, j’explore avec mes invités le rapport à la notoriété des entrepreneurs et l’impact de l’écriture sur leur business.

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